jeudi 22 février 2018
C'est la vie

Quel est ce mouvement du Printemps français ?

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Alors qu’une nouvelle manifestation pour protester contre le mariage homosexuel se tiendra le 21 avril, éclairage sur ce mouvement, Le printemps français, dissident mené par Béatrice de Bourges. Un mouvement qui se veut plus radical que La Manif pour tous.

Ce mouvement est officialisé quelques jours après la manifestation du 24 mars 2013 contre le mariage pour tous. Frigide Barjot avait démis Béatrice de Bourges de ses fonctions de porte-parole du collectif “La Manif pour tous”, pour ne pas avoir condamné les violence de quelques militants d’extrême-droite, et encouragé les manifestants à défiler en dehors du parcours autorisé par la préfecture de police.

Peu importe, pour Béatrice de Bourges : Frigide Barjot a des méthodes trop “Bisounours”. Ni une ni deux, pour reprendre le “combat” à sa manière – plus radicale -, elle forme son propre collectif du “Printemps français”.Dès le lendemain de la manifestation, elle ne se gêne pas pour appeler à l’occupation des Champs-Elysées avec des tentes, faisant fi des consignes officielles de la Manif pour tous.

De son côté, Frigide Barjot insiste pour se démarquer de ce mouvement dissident, affirmant même vouloir porter plainte contre lui “pour vol d’affiches, pour agressions”.

Sans existence juridique réelle

Mais en dehors de son site, selon liberation.fr, le mouvement n’aurait aucune organisation interne : pas de locaux, pas de réunion, pas de financement et aucun statut associatif. Pratique pour éviter de porter la responsabilité d’une action qui aurait un peu trop dérapé…

Une porte-parole proche d’Ichtus, réseau catholique traditionaliste d’extrême-droite

La cinquantaine, candidate “divers-droite” aux élections législatives de 2002 et 2012, cette Versaillaise milite depuis longtemps contre le mariage gay. En juin 2012, elle insistait sur son “combat contre le mariage entre personnes de même sexe et l’adoption des enfants par les couples homosexuels”.

Selon lemonde.fr, elle est proche de la sphère d’Ichtus, un institut catholique traditionaliste, héritier de la Cité catholique, mouvement créé en 1946 par l’intellectuel et militant Jean Ousset, qui visait à former des élites pour établir un État national catholique.

L’ouvrage de Béatrice de Bourges L’homoparentalité en questions. Et l’enfant dans tout ça ? (éditions du Rocher, 2008), figure dans la liste de livres prescrits par l’institut Ichtus. Elle est à cette époque la conférencière attitrée sur ce thème. Le 13 octobre 2012, elle est l’une des intervenantes du colloque “Catholiques en action”, organisé par Ichtus au lycée Saint-Jean-de-Passy, à Paris.

Un label rassemblant militants d’extrême droite et catholiques traditionalistes  

Le groupe d’extrême-droite Bloc identitaire, connu pour ses happenings “soupe au cochon” ou “apéro saucisson-pinard”, ne cache pas ses liens avec le Printemps français : “Techniquement, on apporte quelques petits conseils au Printemps français, mais pas plus, pas moins que d’autres mouvements”, explique un porte-parole à liberation.fr.

Mais la plupart des militants du Printemps français viennent des réseaux catholiques intégristes, comme Ichtus, ou Civitas. Ces derniers se retrouvent tous les soirs devant le Sénat  pour prier contre le mariage gay. “Nous revendiquons cette idée de rébellion et de radicalisation du discours, confie à libération.fr le président de Civitas, Alain Escada. Il s’agit de rompre avec la ligne festive de Frigide Barjot : l’heure est au durcissement. Il faut des comités d’accueil au moindre déplacement ministériel, que les membres du gouvernement soient chahutés par la foule.”

L’origine de son nom

L’expression “Printemps français” a été évoquée pour la première fois par Jacques Tremolet de Villers, fondateur d’Ichtus, selon leMonde.fr.

Début février, il écrit dans Présent, le quotidien des catholiques traditionalistes proches de l’extrême droite, à propos de la mobilisation contre le mariage gay: “Si on se faisait, en France, en 2013, un “printemps français”? Comme d’autres se sont fait un “printemps arabe”! C’est ça qui serait vraiment déroutant, neuf… la vraie surprise, l’incroyable?” Cet avocat avait assuré la défense de Paul Touvier, chef de la milice lyonnaise collaboratrice de l’occupant nazi.

Combien de membres ?

Difficile à savoir. Plus de 2000 ont liké la page Facebook, 1400 sur Twitter.

Mais pouvant Le Printemps français pourrait agréger bien plus de monde pour Jean-Yves Camus, spécialiste des extrêmes droites, interrogé par Libération.fr  : “Il existe dans ce pays des réseaux constitués liés à l’Eglise. Cela permet encore de mettre 300 000 personnes dans les rues. Ce n’est pas rien”.

Ses actions  

Aux couleurs roses et bleues et aux ballons de la Manif pour tous, place aux actions “coup de poings” du Printemps français. La dégradation de l’Espace des Blancs-Manteaux à Paris où se tenait le Printemps des associations de l’Inter-LGBT, dans la nuit de samedi 6 à dimanche 7 avril ? C’était eux.

Le 13 avril, le “réveil à l’aube” de la sénatrice UDI Chantal Jouanno, favorable à la loi sur le mariage pour tous ? C’était encore eux.

Ce sont également des membres de la “galaxie” Printemps français, qui sont soupçonnés d’avoir chahuté la journaliste Caroline Fourest, lors de comités d’accueils en gare de Nantes et Paris-Montparnasse le 14 avril.

Son imagerie “révolutionnaire”

Sur son site Internet, le Printemps français détourne des symboles traditionnels de la gauche : le slogan “On ne lâche rien” du Front de gauche, et le poing levé.

“Cette rétorsion lexicale est une vieille méthode de l’extrême droite française, analyse sur Libération.fr Nicolas Lebourg, spécialiste des droites extrêmes. Il s’agit d’une contre-subversion symbolique qui permet à ces mouvements d’avoir l’air subversifs tout en étant parfaitement réac.”

Dans les affiches pour le 24 mars, on retrouve le graphisme de mai 68. Le “Printemps français” a même ressorti sur ses affiches le visage de Jean Moulin.

Dès le 14 mars, une vidéo postée par ce collectif parlait déjà d’un “Printemps français”, se comparant -en toute modestie- tour à tour au “printemps de Prague” (1968), au mouvement polonais Solidarnosk (1980), au printemps arabe avec les manifestations place Tahrir pen Égypte, ou au mouvement des Indignés espagnols sur la Plaza del Sol, à Madrid (2011).

Article publié pour la première fois le 16/04/2013

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