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Nos souvenirs peuvent être hackés

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Spécialiste en psychologie comportementale, Julia Shaw nous a raconté l’une de ses expérimentations les plus surprenantes : la création d’un faux souvenir chez un sujet.

Parce que notre cerveau est imparfait, il est possible de hacker nos souvenirs.

Et si on vous disait qu’il est possible de hacker sa propre mémoire ? D’altérer vos souvenirs, d’en créer certains ou encore d’en effacer d’autres ?

Cette proposition peut d’abord faire penser au film « Eternal Sunshine of the Spotless Mind » du réalisateur Michel Gondry, dans lequel Joel (joué par Jim Carrey) n’a d’autres choix pour se remettre de sa rupture amoureuse avec Clementine (jouée par Kate Winslet) que de faire appel à l’entreprise Lacuna spécialisée dans l’effacement de souvenirs. Mais aussi à cet épisode de Black Mirror (saison 1, épisode 3) imaginant un monde où chacun aurait une puce implantée derrière l’oreille afin de garder en mémoire ses souvenirs et pouvoir les rejouer à l’envi.

Avoir accès à nos souvenirs rendus malléables, la culture populaire s’est déjà attelée à mettre en scène cette idée. Dans la vraie vie, le monde médical aussi s’est penché sur la question. Sur la scène de l’Échappée volée, un événément lancé par le créateur de TEDxParis pour discuter de l’innovation mise au service de la société, la spécialiste en psychologie comportementale Julia Shaw est venue expliquer comment il est possible de hacker sa propre mémoire.

Notre mémoire fait de régulières mises à jour

« Notre capacité à nous souvenir des choses est imparfaite », lance la psychologue germano-canadienne, « comprendre cela et l’asumer, c’est une force ». Et la conférencière d’expliquer que ce que nous appelons « mémoire » est un réseau de cellules cérébrales qui fonctionne grâce à de régulières mises à jour. Nos souvenirs sont donc en constante évolution. Or, si notre mémoire n’est pas un bloc solide et immuable, c’est aussi qu’elle peut être modifiée durant l’une de ses updates.

L’expérimentation de Julia Shaw

Pour prouver comme de faux souvenirs peuvent s’immiscer dans notre tête, la « hackeuse de mémoire » Julia Shaw a choisi un cobaye : un jeune homme qui a été victime de harcèlement scolaire à l’école. Objectif : lui faire croire qu’il s’est un jour rebellé contre son agresseur – alors que cet événément ne s’est jamais produit. Pour ce faire, plusieurs critères doivent être mis en place : l’organisation de plusieurs entretiens dits « amicaux », c’est-à-dire que pour avoir une emprise sur son sujet il est primordial que la psychologue ait la faveur de celui-ci ; le fait que le sujet doit être persuadé que la psychologue détient des informations sur lui que lui-même n’a pas (ici, on a fait croire au cobaye que ses parents avaient raconté à Julia Shaw l’altercation avec l’agresseur) ; le déploiement de l’imagination du sujet jusqu’à ce qu’elle se mélange à un (réel) souvenir grossi de (faux) détails.

L’imagination et la mémoire sont deux choses liées

Il a ainsi été annoncé au jeune homme malmené au collège qu’il s’est un jour violemment révolté contre son harceleur et que cette scène a eu lieu dans le self de l’établissement scolaire. Julia Shaw a demandé au cobaye de décrire la scène. Alors qu’il se contentait de décrire la disposition des tables dans la cantine, seul réel souvenir qu’il était en mesure de convoquer, la psychologue l’a ensuite conduit à imaginer le reste. À force de « mais ne te souviens-tu pas que tu as aussi hurlé à ton agresseur d’arrêter ? » et de « quel temps faisait-il ce jour-là ? », Julia Shaw a amené son cobaye à revoir son récit. Chaque fois qu’il le racontait, de nouveaux détails venaient s’y greffer. Jusqu’à ce que le jeune homme devienne capable de relater toute la scène, dans les moindres détails, à quiconque lui demandait s’il s’était un jour retourné contre un autre élève.

Quelles conséquences ?

Mémoire altérée et modifiée par des tiers… Cela, nous l’expérimentons tous dans la vie quotidienne : en évoluant dans le temps, nos souvenirs se déforment légèrement et notre façon de les solliciter peut changer de perspective. Pas nécessairement jusqu’à nous faire mentir si rien ne nous contraint à revoir la vérité… mais suffisamment pour nous faire grossir quelques faits. Il n’y a qu’à penser au cocard qu’a mis votre ami à la sortie d’un bar, toujours plus grand à mesure qu’il re-raconte la baston plusieurs semaines après…

Il y a quelques déductions à faire de l’expérimentation de Julia Shaw. Si la spécialiste en psychologie comportementale a été capable d’inventer un faux souvenir chez un cobaye, c’est que tous les jours, votre entourage est également en mesure de vous faire revoir le passé. Il y a clairement un lien entre l’imagination et la mémoire, l’une se nourrit de l’autre, les deux s’irriguent l’une l’autre. Garder cela en tête, c’est être équipé pour identifier les tentatives de certains de récupérer de faux souvenirs et de les utiliser à mauvais escient, comme par exemple dans le cas d’affaires judiciaires reposant sur des témoignages de tiers.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

Avec Mashable

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