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A voir au cinéma le nouveau film du réalisateur Polonais Tomasz Wasilewski et qui s’intitule “Ligne d’eau”. Une histoire d’amour gay tragique dans une société polonaise encore réticente face aux couples de même sexe.

Kuba, jeune homme sportif, semble promis à un brillant avenir. Il s’entraine intensivement pour devenir champion de natation. Mais entre les compétitions, sa petite amie et sa mère possessive chez qui il vit toujours, il se sent prisonnier. Un soir il rencontre Michal, un garçon à la beauté troublante qui le fascine instantanément… Et tout bascule. Malgré le poids d’une société polonaise restée très conservatrice, il se met à rêver d’une autre vie, d’un autre possible, et va tout faire pour vivre cette nouvelle passion…


Ligne d’eau – Bande-Annonce Officielle (VOST) by Outplay

Il est suffisamment rare qu’un film de cette qualité, abordant cette thématique gay, nous parvienne d’un pays de l’Est pour que nous le soulignons. Ce film est là pour montrer que malgré les angoisses, le destin n’est jamais tout tracé et que la vie peut basculer à tout instant, pour le pire comme pour le meilleur, mais que l’on est toujours en mesure de faire des choix sur sa propre existence. “Ligne d’eau” est sans doute la belle et tragique histoire d’amour que l’on attendait du cinéma européen en ces temps de durcissement des lois homophobes dans certains pays de l’Est. Toutefois le réalisateur exprime dans une interview au magazine Tribu Move sa volonté de faire un film sur l’amour et pas simplement l’amour homosexuel.

Pour  revenir sur une note plus légère, soulignons la performance et surtout la beauté des deux acteurs principaux Mateusz Banasiuk et Bartosz Gelner qui nous laissent des étoiles dans les yeux lorsqu’ils interprètent le couple Michal/ Kuba.

Le cinéma gay serait-il sur le mode répétition ? Peut-être. Après les sorties de Aime et fais ce que tu veux de Malgorzata Szumowska, oeuvre polonaise intense sur les frustrations d’un homme d’Eglise porté sur le masculin, et de Freefall, où l’habit de CRS remplaçait la soutane, voici Ligne d’eau, nouvelle incursion dans les sentiments aliénés d’un homme au-delà de tout soupçon, nageur de compétition bien en couple, dévoré par les pulsions intérieures qui l’entraîne vers la consommation sexuelle avec des hommes de passage.
Le postulat pourrait donner envie de bailler à sa lecture sur le papier, mais prend tout son sens engagé par la caméra du réalisateur polonais Tomasz Wasilewski. Le résultat est en effet fort d’idées visuelles qui conditionnent la vie muselée de son protagoniste principal, un jeune homme d’une beauté slave impeccable, à la froideur totale, engoncé dans la compétition qui pourrait le sortir d’une vie sociale indigente, puisqu’il vit encore avec sa mère… Il s’agit d’un état des lieux austère d’une société polonaise mal en point, où la famille étouffe quelque peu une jeunesse qui a du mal à s’émanciper.
Si l’on sent peu le poids de la religion catholique, pourtant si présent en Pologne, la difficulté de s’afficher gay prend tout son sens dans les tourments profonds du protagoniste qui semble trouver dans la nage la seule évacuation possible au stress et au sentiment permanent de frustration, de colère, comme un désir également d’auto-flagellation alors qu’il cède parfois au désir avec distance et une forme de mépris envers l’autre et lui-même. C’est l’effet miroir de de voir en l’autre celui qu’il est vraiment, ce qui le fragilise et le dégoûte, alors qu’il est accablé par le remords notamment vis à vis de sa copine.

 

La romance amorcée avec un coup de foudre authentique qui met en péril son couple hétérosexuel, et qui pourrait bien lui faire accepter de sortir de la norme qu’il s’impose, évite savamment le mièvre pour déballer de beaux moments de liberté si difficilement acquis. On ne trouvera pas les deux protagonistes particulièrement charismatiques dans leur présentation, le cinéaste scrutant la complexité d’être et refusant le stéréotype de figures au potentiel romantique. Ligne d’eau suit des couloirs moins sinueux qu’il peut le paraître au premier abord, fonçant tête baissée dans le drame humain sans échappatoire.
Ce qui frappe dans ce film présenté au festival de Tribeca en 2013, c’est bien un désespoir malaisé auquel les deux jeunes amoureux ne semblent pas pouvoir échapper. En bout de course, l’inéluctable tragédie de la vie… Ligne d’eau s’achève de façon marquante, sur des images poignantes qui provoquent un vrai malaise. Sa profonde tristesse en fait une oeuvre d’une grande dureté dont le pessimisme abandonne le spectateur désemparé. Tragédie de la vie intense et troublante, Ligne d’eau ne s’oublie pas.

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