samedi 21 avril 2018
Gay

Des polaroids de l’île gay au large de new york

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Au début des années 1970, le photographe Tom Bianchi est invité à passer un weekend à Fire Island, légendaire enclave gay au large de Long Island.

40 ans plus tard, il en ressort des polaroids épris d’amour, de tendresse et de liberté, exposés en ce moment à New York.

Tom Bianchi a acquis son premier Polaroid SX-70 lors d’une conférence exécutive à Miami. Ce natif de Chicago était avocat d’affaires avant que sa vie ne prenne une tournure plus alternative. Après avoir étudié les sciences politiques au Nouveau Mexique, Tom Bianchi a obtenu sa licence en droit à Northwestern, puis a exercé pendant 10 ans avant d’être fait avocat principal à Colombia Pictures à Manhattan à seulement 34 ans. Mais lorsqu’il découvre Fire Island et commence à documenter la vie de ses amis et de ses amants, Bianchi décide de sacrifier son précieux diplôme pour son appareil photo. Il a d’ailleurs littéralement déchiré son diplôme avant de le recoller et de l’accrocher fièrement au mur d’une galerie lors de sa toute première et unique exposition.

Réunies sous le nom Fire Island Pines: Polaroids 1975-1983, les photographies de Bianchi constituent un témoignage inestimable d’une mutation majeure de l’histoire queer. Tout au long du 20ème siècle, les personnes queer sont habituées à se cacher en cultivant la haine de soi, mais dans les années 1970, des habitants du monde entier tentent de sortir du placard culturel imposé par l’Amérique en créant de nouveaux modes de vie.

 

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« Pour grandir et faire son coming out dans l’Amérique moyenne, il fallait imaginer un monde très différent de celui dans lequel on vivait, puisqu’il ne faisait que nous mépriser en nous traitant de pervers », confie Bianchi à VICE. L’éclat de Fire Island, ses 60 kilomètres de soleil et de surf au large de Long Island, en font un endroit « construit par des gens qui imaginaient un monde différent et ont tout fait pour le créer. Nous avons bâti un lieu d’intimité, où l’on pouvait être en sécurité, rire, s’amuser les uns avec les autres sur la plage sans qu’aucun jugement ne soit porté sur nous. Ça eu pour effet d’attirer les gays les plus joyeux de toute l’Amérique. »

En ville, la police fait régulièrement des descentes dans les bars, les toilettes et les lieux de drague. Etre gay est alors synonyme de danger pour son travail, sa maison, et sa propre vie. Fire Island est le premier endroit où de nombreux queers peuvent se sentir libres, s’éclater lors de thés dansants, partager leurs douches, fêter le coucher du soleil, se baigner nus ou tout simplement se tenir la main pour la première fois.

 



L’oppression anti-LGBTQ aura d’abord eu raison de la motivation de l’entourage de Bianchi, et de ses amis de Pines (l’un des nombreux petits villages de Fire Island, séparés par quelques dunes ensablées et reliés par des allées planchées de bois). Mais petit à petit, et grâce à la magie du polaroid, ils ont rapidement visualisé ces clichés comme on les voit aujourd’hui, 40 plus tard : comme la révérence de Bianchi pour tout ce que le mouvement queer à de tendre, de joueur et de joyeux, d’intime et d’amour.

D’abord édité en 2013, et acclamé à l’époque, Fire Island Pines : Polaroïds 1975-1983 réunit 350 photos de ses archives polaroids. Dans le livre également, un texte de Bianchi, émouvant, pensé comme les mémoires d’une ère révolue et le mémorial de celle qui allait suivre : une période de peur inimaginable, palpable, tenace. Une pédiode de confusion, de colère et de morts dues à l’épidémie du SIDA. En plus de ses casquettes de photographe et poète, Bianchi est d’ailleurs le cofondateur d’une compagnie de bio-technologie qui lutte contre le SIDA.

 

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Quoi de plus logique, finalement, qu’une exposition des photos du bouquin se tienne au Throckmorton Fine Art, pendant les derniers jours du mois des fiertés LGBT. C’est notamment grâce aux artistes comme Bianchi, et à la génération qu’il a immortalisé durant l’âge d’or de Fire Island, que la communauté queer a radicalement rejeté la honte, l’ostracisme pour trouver une estime, un amour de soi et un indispensable soutien mutuel. « On a développé entre nous cet esprit communautaire, et ça nous a permit de nous considérer comme des personnes spéciales, indispensables à la culture qui nous entourait, » conclut Bianchi.


 

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